CC 6534: de l’ombre à la lumière

Dix ans et trente deux jours, c’est la durée pendant laquelle la CC 6534 a été en sommeil. Une éternité dans l’espace d’une vie.
Nous voici donc arrivés aux termes de la principale mission que s’était donnée SIMiL500 au lendemain de son incident qui lui a coûté sa carrière commerciale.
Maintenant on rentre dans la phase d’essais grandeur nature pour tester tous les systèmes de l’engin dont la convalescence devrait lui permettre de repasser de l’ombre à la lumière. En attendant d’y voir plus clair sur la nouvelle réglementation en matière d’autorisation de circulation des matériels historiques, l’équipe va parfaire le rodage de la machine et en profiter pour terminer les réparations sur les systèmes secondaires.


Le réveil de la « trente-quatre » s’est effectué en trois étapes et dans un laps de temps de quarante-huit jours.
La première étape a eu lieu le samedi 9 avril 2016. A cette date, la vérification de l’étanchéité du circuit pneumatique ainsi que l’ensemble des circuits BT (signalisation, éclairage, commande et contrôle) ont été remis sous tension par biberonnage. En effet, l’alimentation pneumatique ainsi que l’alimentation électrique des circuits ont été assurées par la CC 6559 . La batterie et le CVS (Convertisseur Statique) de cette dernière assuraient une alimentation de 72 V en attendant de raccorder définitivement les nouvelles batteries de la 6534. Cette première phase a permis de déceler quelques défauts notamment dans l’allumage de l’éclairage des couloirs, dans le fonctionnement du disjoncteur ainsi que dans la commande du poste 2. Après dépannage, la commande du circuit de puissance (progression/ régression du SMGR et fermeture/ouverture des contacteurs) a été passée au peigne fin sans qu’il y ait la moindre anomalie.

Essais de la signalisation sur l’extrémité 1 et remplacement des lampes dans le pupitre du poste 2

     


La seconde étape eu lieu vingt jours plus tard, le vendredi 29 avril. Cette fois-ci, le but était de remettre la machine sous tension caténaire afin de vérifier le fonctionnement du compresseur et du CVS. Pour ce faire, les batteries 72 V et les batteries 30 V, servant au freinage rhéostatique d’urgence, ont été raccordées. Le moteur du compresseur a fait l’objet des mêmes soins que pour les moteurs de traction (nettoyage du collecteur et des parties isolantes puis vérification des balais en charbon). Le compresseur a été graissé et deux vidanges d’huile ont été nécessaires pour le débarrasser des impuretés. Quant au convertisseur statique, il a été entièrement dépoussiéré et un soin tout particulier a été apporté sur le nettoyage de ses parties isolantes pour éviter tout risque de court-circuit sur le circuit de puissance. Enfin, il a retrouvé ses cartes électroniques d’alimentation et de commande qui servent notamment à l’alimentation des transformateurs d’impulsions des thyristors servant à la charges des batteries 30 et 72V mais aussi à la régulation en freinage rhéostatique.

Raccordement des batteries 72 V et mise en place des cartes électroniques du CVS

     


La mise sous tension s’est effectuée en deux parties. Elle a été réalisée avec la charge batteries isolée un premier temps. Cette mesure a permis, d’une part de vérifier une première partie du câblage des auxiliaires HT et d’autre part, de tester le bon fonctionnement du compresseur. À 20h57, le pantographe n°2 de la 6534 s’élève paisiblement pour rentrer en contact avec la caténaire. Après un fonctionnement normal du compresseur sur un cycle court de 7 à 9 bars, le pantographe est abaissé et la charge batteries a été remise en service. Le CVS a démarré normalement et a commencé à assurer la charge des batteries 30 et 72V.

La CC 6534 de nouveau sous tension…

     


La dernière marche a été franchie le vendredi 27 mai. C’est ce jour là qui a été choisi comme date butoir par l’équipe pour faire tractionner la machine. Mais avant d’y arriver, il fallait d’une part terminer le raccordement du moteur 1A, et d’autre part, effectuer un essai diélectrique de l’huile des deux graduateurs. En outre,  les contacteurs devaient être rééquipés de leur cheminée de soufflage (nettoyée ou remplacée) respective. Le raccordement des huit câbles de grosse section (150 mm²) sur le bornier du moteur 1A a nécessité l’achat de manchons d’extrémité avec des côtes spécifiques. Ces manchons ont tout d’abord été étamés, puis insérés à l’extrémité des câbles, avant d’être sertis et connectés dans le bornier. L’essai de claquage des huiles s’est déroulé dans la matinée avec l’aide du service Équipement d’Alimentation des Lignes Électriques de Lyon.

Étamage des manchons puis raccordement dans le bornier et installations des cheminées de soufflage sur les contacteurs

     

     


Un contrôle d’isolement des moteurs de traction a été réalisé avant d’envisager de passer un cran de traction et les réducteurs ont été basculés au point mort afin de les laisser tourner à vide dans un premier temps. À 21h45, les moteurs de traction ont été alimentés en couplage « série » et ont démarré tranquillement.
Plusieurs essais en statique ont été réalisés afin de déceler d’éventuels bruits anormaux ou autre signe de fonctionnement anormal mais rien n’a été signalé.
Et à 22h11 précise, les réducteurs étant basculés sur la position GV, la CC 6534 s’élance en faisant ses premiers tours de roues en traction autonome. La CC 6559, mise dans l’axe de la voie de la trente-quatre au cas où cette dernière aurait eu un soucis, n’a finalement été d’aucune utilité. Après une petite pause pour se remettre de toutes ces émotions, les CC 6534 et CC 6559 sont sorties prendre l’air ensemble pour immortaliser ce moment mais aussi effectuer des essais principalement dans le fonctionnement des six pompes à huile.

Sortie d’essai de la CC 6534 sur le site de préservation pour rodage à basse vitesse

     

     


Huit jours plus tard et après quelques finitions, c’est le grand jour. Le samedi 04 juin 2016, la CC 6534 est officiellement présentée en état de marche. Cette date coïncide (à trois jours près) à la date anniversaire des dix ans de la radiation de la machine. C’était aussi l’objectif que l’équipe s’était fixée.
L’idée était de « cacher » la CC 6534 le matin à l’abri des regards et de la faire rentrer sur le site de préservation en début d’après midi.

Sortie de la CC 6534 vers 9h30

     


Et à 14h43, deux torches à flamme rouge sont allumées au droit du mur d’enceinte de la voie d’entrée pour créer un écran de fumée. Deux minutes plus tard, la
CC 6534 traverse cet écran et pénètre sur le pont tournant en écrasant dix pétards symbolisant les dix ans de sa radiation.

Entrée en scène…

Prise de photos sur le pont tournant avant de retrouver sa voie de stationnement

     


Pour terminer cette célébration, l’équipe a décidé de sortir une nouvelle fois la CC 6534 pour faire des photos de jour.

Les dernières photos faites en début de soirée

     

     


La marche vers l’autorisation de circulation sur le réseau ferré national est encore longue et ne dépend pas forcément de SIMiL500. Maintenant l’équipe va peaufiner le rodage de la CC 6534 et la préparer au mieux pour lui permettre de revenir poser ses six essieux sur les rails de France. Cette victoire, en toute humilité, c’est celle d’une équipe qui a su affronter les mers et gravir les montagnes sans jamais abandonner, sans jamais reculer. La satisfaction des membres et des amoureux de cette série est notre récompense.  Encore une fois nous souhaiterions remercier tous ceux sans qui les pages de cette épopée n’auraient jamais pu s’écrire (Les Surveillants de Dépôt, COMTER, DPx et ADPx du Service Logistique ainsi que les agents du technicentre TER de Lyon, nos « Experts » du Matériel de Vénissieux, les agents de tous niveaux du Centre de Réparation des Engins Mécanisés de l’Élog de Lyon, l’équipe EALE de Lyon, le technicentre de Romilly, le technicentre Midi-Pyrénées mais aussi les entreprises externes comme SOCABEL ou encore Artérail).

Photo de famille devant notre protégée

 

La trajectoire d’une machine, comme celle d’une ligne de chemin de fer, n’est jamais linéaire et rectiligne. Ce serait trop facile.
C’est donc à Lyon, dans ce chaudron qui sent bon le parfum du chemin de fer d’antan et d’aujourd’hui, que tout va redémarrer pour la CC 6534.
Lyon, cette ville où le soleil brille, même quand il pleut. Les accidents de la vie font parfois bien les choses, parfois seulement.
Mais ça, on ne le sait que bien plus tard, quand les années ont passé, et qu’on retrouve enfin une place au soleil.